Un royaume à part

C’est une histoire de microbiologie qui commence avec des trappeurs et des chercheurs d’or. On planterait un décor de western dans le nord des Montagnes Rocheuses. Quelques bicoques en bois dans des bourgades qui s’appellent comme dans Lucky Luke: Diamond City. Gold Creek. Emigrant Gulch. Des vallées humides, froides et isolées, bien loin des convois de pionniers en route vers la côte ouest.Malgré des affrontements fréquents avec les Indiens, quelques aventuriers ont donc commencé à coloniser ce qui va devenir le Montana, c’est-à-dire le haut cours du Missouri. Parmi les affluents de celui-ci, il y a une grosse rivière que les Indiens Minnetaris appellent Mi tse a-da-zi. Ce que les Français, qui ont longtemps hanté les parages, avaient traduit par « Roche Jaune » [1]. Et les nouveaux arrivants… Yellowstone River.

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Les belles carrosseries

Alors que j’essayais tant bien que mal de dessiner les petites vignettes de la bannière du blog, j’ai fait un geste que beaucoup de gens bien plus compétents font tous les jours sur plein de logiciels différents: j’ai cliqué une fois, deux fois, trois fois… et hop, une ligne courbe est apparue !
Rien de plus facile évidemment, puisqu’il suffit de choisir l’icône « courbes de Bézier ». Et du coup je me suis demandé « tiens mais c’est qui, ce Bézier »: un géomètre des Lumières qui échangeait des lettres avec Euler ? Un confrère de Gauss, penché lui aussi sur les espaces courbes ? À moins que ce soit la ville dont les anglophones auraient par mégarde escamoté le « s » ?

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Le cimetière des éléments

1869-1919: avec le cinquantenaire des premiers pas sur la Lune, l’autre grande commémoration de cette année, ce sera celle des 150 ans du plus grand accomplissement de la chimie: la classification périodique des éléments, dite de Mendeleïev.

Certes, le tableau a bien changé depuis les premiers brouillons à 6 colonnes et 19 lignes du chimiste russe. Et 150 ans plus tard, il est devenu non seulement l’ornement indispensable à toutes les salles de classe, du monde mais peut-être la figure la plus connue de toute l’iconographie scientifique. Sûrement la plus symbolique de l’une des activités préférées des scientifiques: classer les choses. Et on ne peut s’empêcher de le regarder avec fascination, cet arrangement de petites cases colorées bien ordonnées, qui nous raccroche un peu au vieux fantasme des 4 éléments. L’air que nous respirons, un diamant, de la glace au chocolat, nos globules rouges et le sable martien: tous les matériaux du monde sont construits à partir des 118 petites briques de lego qu’on a réussi à caser dans le tableau.

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[Galerie #1] Physique illustrée

Pour se remettre des fêtes et terminer en douceur les vacances, on va commencer la nouvelle année avec un petit billet hors-série et tout en images… Comme beaucoup de physiciens ont la manie de voir de la physique partout[1], ça ne manque pas de m’arriver chaque fois que je visite un musée ou une exposition. Donc voilà un petit florilège d’œuvres artistiques (modernes) qui pourraient illustrer à merveille un cours de physique ! Lire la suite

L’air et la lumière

À la fin de l’été 1789, une voiture attelée quitte discrètement Paris. Sur ses flancs, les armes de la maison d’Autriche… c’est-à-dire de Joseph II, le frère de Marie-Antoinette. Son occupant est donc soulagé de franchir les barrières de la capitale en plein tumulte, et relativement pressé de regagner l’Angleterre. Pourtant il n’est pas anglais. Il n’est pas autrichien non plus, d’ailleurs… mais néerlandais. Il juge prudent de fuir la Révolution qui éclate, mais a dû quitter à regret son collègue Lavoisier qui vient, lui, de faire voler en éclat l’Ancien Régime de la chimie. Or notre mystérieux passager a fait une découverte tout aussi révolutionnaire pour la biologie… et personne ne connaît son nom.

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Un pavillon de banlieue

Le pied le nœud la verge la toise le picotin le setier le gallon la coudée le pas la chaîne le sillon le grain le milion le clou le doigt la livre le journal la paume le gravet la canne la perche l’encablure la tonne le mille la pinte la brasse le li le carat le tonneau le clou la bougie la ligne la barrique la drachme le dextre la gille le fahrenheit le pouce l’aune l’arpent le conge la palme le boisseau l’once le réaumur la calorie l’acre l’empan la charruée…

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La chandelle et le phare

Il fait plutôt beau pour une fin octobre, et avec l’arrivée d’Orion on a d’autant plus envie de s’éloigner de la ville pour lever les yeux vers le ciel nocturne. Le froid pique un peu, et partout au-dessus de nous les étoiles scintillent. C’est normal: la turbulence dans l’atmosphère nous donne l’impression qu’elles gigotent un tout petit peu, mais elles ne clignotent pas vraiment. À moins que… ? Lire la suite

Il fait plutôt beau pour une fin octobre, et avec l’arrivée d’Orion on a d’autant plus envie de s’éloigner de la ville pour lever les yeux vers le ciel nocturne. Le froid pique un peu, et partout au-dessus de nous les étoiles scintillent. C’est normal: la turbulence dans l’atmosphère nous donne l’impression qu’elles gigotent un tout petit peu, mais elles ne clignotent pas vraiment. À moins que… ? Lire la suite

La marée n’attend pas

Nous sommes en 55 av. J.-C. Toute la Gaule est occupée par les Romains. Toute ? Ah ben non, la campagne de Jules César ne fait que commencer. Présentement, il est occupé à soumettre les Belges, qui comme chacun sait, de tous les peuples de la Gaule sont le plus brave[1].  Et en plus, ils reçoivent des renforts venus de la grande île de l’autre côté du détroit… voilà pourquoi César se décide à faire un tour en Bretagne (la grande). Il fait le fier, sur la photo, mais en fait les choses se gâtent rapidement:

Il se trouva que cette nuit-là même la lune était en son plein, époque ordinaire des plus hautes marées de l’Océan. Nos soldats l’ignoraient. L’eau eut donc bientôt rempli les galères dont César s’était servi pour le transport de l’armée et qu’il avait mises à sec. Les vaisseaux de charge, restés à l’ancre dans la rade, étaient battus par les flots, sans qu’il y eût aucun moyen de les gouverner ni de les secourir.

La Guerre des Gaules, livre IV.29

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La meilleure série du monde

Souvenez-vous: nous fêtons cette année les 250 ans de la naissance de Joseph Fourier, préfet de l’Isère, que nous avons laissé en 1822, alors qu’il était enfin parvenu, après des années d’efforts, à publier son monumental ouvrage sur la propagation de la chaleur.

Késako « la propagation de la chaleur » ? Rien de très sorcier, au premier abord. Par exemple, prenons une barre métallique, froide, et plongeons chaque extrémité dans de l’eau bouillante. Combien de temps faut-il avant que le milieu soit chaud aussi ? Il a donc fallu attendre le début du XIXe siècle pour enfin trouver l’équation qui décrit ce phénomène très simple. Sauf que pondre une équation, c’est bien… mais après, encore faut-il la résoudre !

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