[Galerie #1] Physique illustrée

Pour se remettre des fêtes et terminer en douceur les vacances, on va commencer la nouvelle année avec un petit billet hors-série et tout en images… Comme beaucoup de physiciens ont la manie de voir de la physique partout[1], ça ne manque pas de m’arriver chaque fois que je visite un musée ou une exposition. Donc voilà un petit florilège d’œuvres artistiques (modernes) qui pourraient illustrer à merveille un cours de physique ! Lire la suite

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Jurassic Park reboot — DINO HUNTERS

Vous n’y avez sûrement pas échappé: en ce moment les dinosaures sont partout. Il y a un T. rex au Jardin des Plantes à Paris; en même temps sort le n-ième volet d’une série dans les salles de cinéma… et ce n’est peut-être pas un hasard, puisque cela fait aujourd’hui tout juste 25 ans qu’est sorti le premier Jurassic Park. Ce n’est pas que dans le scénario que le film de Spielberg ressuscitait les dinosaures: pour toute une génération, c’était le renouveau d’une mythologie paléontologique[1] un peu endormie depuis le Monde perdu de Conan Doyle et ses dérivés. Mais puisque c’est la mode des reboots, sacrifions-y et revenons aux sources !

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Alma Mater

Avant de chausser les raquettes, et puisqu’il s’est écoulé deux ans depuis la disparition d’Umberto Eco, relisons son 4e roman: Baudolino. Un roman qui (comme une bonne partie de son œuvre) tourne autour de ce qui, au Moyen-Âge, ne s’appelait pas encore des fake news. Baudolino, c’est le héros, et c’est un fieffé menteur… sauf que tout ce qu’il invente a une fâcheuse tendance à prendre corps dans le monde réel. Eco l’imagine donc à l’origine de toutes les falsifications de son époque: c’est lui qui invente les dépouilles des Rois Mages (et même leurs noms !) de la cathédrale de Cologne, c’est lui qui écrit la lettre du Prêtre Jean, et même qui lance le mythe du Graal (et du coup il le trouve, évidemment).

Baudolino est un natif de la petite ville piémontaise d’Alexandrie, comme Eco. Mais comme celui-ci a fait presque toute sa carrière universitaire à l’université de Bologne, il était logique qu’il en profite pour lui rendre hommage.

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Géographies évanouies

Inventer des géographies, ça fait partie des grands plaisirs de l’imaginaire. On aime parcourir les cartes de la Terre du milieu, les continents biscornus de Game of Thrones ou les archipels extraterrestres d’Aldébaran. Le dessin de la carte est le premier ingrédient indispensable quand on met en place un jeu de rôle ou une partie de Civilization. Et depuis qu’on peut (indirectement) explorer d’autres planètes, c’est naturellement devenu une des premières choses qu’on y fait: on s’imaginait voir des océans sur la Lune et sur Mars, et on se dépêche de baptiser les grandes régions de Pluton maintenant qu’on a reçu les fabuleuses images de la sonde New Horizons. Peut-être trouve-t-on là le même plaisir d’explorateur frustré qu’on ressent quand on découvre les géographies pas toujours très réalistes sur les cartes anciennes, où l’Amérique n’a pas encore de côte ouest, et où la terre australe inconnue est plus grande que l’Afrique. Parce qu’il faut bien s’y résoudre: depuis quelque temps, sur Terre, les cartes des continents sont complètes, (trop) familières et désespérément statiques.

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Élémentaire, mon cher Adso !

Un jour par force de nature on pourra faire des instruments de navigation grâce à quoi les bateaux iront commandés par un seul homme, et bien plus vite que poussés par des voiles ou des rames; et il y aura des chariots avançant à une vitesse inimaginable, quoique sans recourir à la force animale, et des machines volantes conçues de telle façon qu’un homme assis en leur sein, en manipulant un levier, fera battre des ailes artificielles, imitant ainsi le vol d’un oiseau. Et des instruments minuscules qui soulèvent des poids infinis et des véhicules qui permettent de voyager sur le fond de la mer. [prologue]

Jules Verne ? Léonard de Vinci ? Raté: c’est écrit vers 1260, en plein cœur du Moyen-Âge, par le moine franciscain Roger Bacon, que cite l’enquêteur Guillaume de Baskerville dans le Nom de la rose.  Parmi tous les angles sous lesquels peuvent se lire les aventures du Sherlock Holmes médiéval, voyons donc celui de l’histoire des sciences ! Lecture d’autant plus utile qu’on a trop souvent tendance à faire commencer celle-ci à la Renaissance et avec le dit Léonard: très bonne occasion pour explorer un peu ce qui se faisait au tout début du XIVe siècle. Exploration d’autant plus facile que le savant Guillaume se fait un plaisir de tout expliquer au narrateur son novice, Adso de Melk.

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Les œufs du griffon

À l’origine était la Chimère des mythes grecs: un lion à queue de serpent, qui possédait en plus une tête de chèvre sur son dos (et, pour faire bonne mesure, crachait du feu). Elle dévastait la région de Lycie, sur la côte d’Asie mineure, et c’est le héros Bellérophon — lui-même monté sur un cheval ailé — qui se chargea de l’en débarrasser. Et l’éponyme des animaux hybrides n’est qu’un exemple parmi tous ceux qui peuplent les bestiaires antiques et médiévaux [1]: le griffon combine le lion et l’aigle; le basilic le coq et le serpent, etc. Même la version antique de la licorne est très hybride: Pline lui donne un corps de cheval, une tête de cerf, des pattes d’éléphant et une queue de sanglier !

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La tour de Babel

La citation de Galilée dans l’Essayeur (1623) est bien connue: «l’Univers est écrit en langage mathématique» [1]. Mais ce langage mathématique — à commencer par celui qu’utilise Galilée, s’exprime forcément dans des langues bien humaines. La conservation de l’énergie, le principe d’équivalence, la sélection naturelle, la tectonique des plaques sont des concepts qui s’énoncent en toutes lettres avant d’être mis en équations.

Et aujourd’hui, la majorité écrasante de tout ce qui s’écrit en sciences « dures » (avec peut-être une exception en mathématiques) est écrit en anglais [2]. Il est admis qu’une conférence internationale, qu’elle ait lieu en Chine, en Grèce ou en Argentine, se tienne par défaut en anglais. Et tant pis si l’auditeur chilien a un peu de mal avec l’accent français prononcé de l’orateur quand il répond à une question posée avec un fort accent japonais ! Mais cette uniformité est récente, et imposée par la mondialisation croissante de la recherche scientifique. Lire la suite

Le père de Mars

À l’heure où j’écris ces lignes on ne sait toujours pas bien ce qu’il est advenu du petit module Schiaparelli, envoyé se poser sur Mars par la mission ExoMars de l’Agence Spatiale Européenne. Mais, mort ou vif, c’est une bonne occasion de chercher d’où vient un nom aussi peu familier ! Cherchant donc sur google, on a la surprise de tomber sur une maison de haute couture italienne… ce qui n’est pas si saugrenu, puisqu’elle a justement été fondée par la nièce d’un astronome ! Et celui-ci, Giovanni Schiaparelli, est rien moins que le père (peut-être malgré lui) de toutes les mythologies martiennes.

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L’astronome et le sultan

Et maintenant, promène ton regard sur Samarcande !
N’est-elle pas reine de la terre,
Fière, au-dessus de toutes les villes,
et dans ses mains leurs destinées ? [1]

 

Aujourd’hui nous partons (à dos de chameau) sur les routes de la soie, pour une destination un peu oubliée de l’histoire des sciences. Entre la Caspienne, (feue) la mer d’Aral et les montagnes afghanes, les beaux noms de Transoxiane, Sogdiane, Chorasmie, Bactriane hantent les cartes de Ptolémée et les récits d’Hérodote, et gardent le parfum des amours d’Alexandre et Roxane. Et ce Hinterland de la Perse [2], au confluent des cultures turque, indienne, chinoise, iranienne, a connu une prolifique floraison mathématique et astronomique entre le IXe et le XVe siècles.

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