À la casserole !

Moi qui aime les rapprochements incongrus, j’ai été très content, il y a quelques années, d’assister à une conférence intitulée « Géologie, physique statistique et cuisine ». Et comme c’était au Japon, ça commençait naturellement par quelque chose comme ça:

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Le portrait effacé

Il est le premier à avoir imaginé la loi de la gravitation universelle. Il a révolutionné la mécanique, l’optique et tous les domaines de ce qui deviendra la physique moderne, voire peut-être même la biologie. Il a été le pionnier de la démarche expérimentale, et le pivot de la communauté scientifique anglaise de la fin du XVIIe siècle. Et ce n’est pas Newton.

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Le cimetière des éléments

1869-1919: avec le cinquantenaire des premiers pas sur la Lune, l’autre grande commémoration de cette année, ce sera celle des 150 ans du plus grand accomplissement de la chimie: la classification périodique des éléments, dite de Mendeleïev.

Certes, le tableau a bien changé depuis les premiers brouillons à 6 colonnes et 19 lignes du chimiste russe. Et 150 ans plus tard, il est devenu non seulement l’ornement indispensable à toutes les salles de classe, du monde mais peut-être la figure la plus connue de toute l’iconographie scientifique. Sûrement la plus symbolique de l’une des activités préférées des scientifiques: classer les choses. Et on ne peut s’empêcher de le regarder avec fascination, cet arrangement de petites cases colorées bien ordonnées, qui nous raccroche un peu au vieux fantasme des 4 éléments. L’air que nous respirons, un diamant, de la glace au chocolat, nos globules rouges et le sable martien: tous les matériaux du monde sont construits à partir des 118 petites briques de lego qu’on a réussi à caser dans le tableau.

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La chandelle et le phare

Il fait plutôt beau pour une fin octobre, et avec l’arrivée d’Orion on a d’autant plus envie de s’éloigner de la ville pour lever les yeux vers le ciel nocturne. Le froid pique un peu, et partout au-dessus de nous les étoiles scintillent. C’est normal: la turbulence dans l’atmosphère nous donne l’impression qu’elles gigotent un tout petit peu, mais elles ne clignotent pas vraiment. À moins que… ? Lire la suite

Géographies évanouies

Inventer des géographies, ça fait partie des grands plaisirs de l’imaginaire. On aime parcourir les cartes de la Terre du milieu, les continents biscornus de Game of Thrones ou les archipels extraterrestres d’Aldébaran. Le dessin de la carte est le premier ingrédient indispensable quand on met en place un jeu de rôle ou une partie de Civilization. Et depuis qu’on peut (indirectement) explorer d’autres planètes, c’est naturellement devenu une des premières choses qu’on y fait: on s’imaginait voir des océans sur la Lune et sur Mars, et on se dépêche de baptiser les grandes régions de Pluton maintenant qu’on a reçu les fabuleuses images de la sonde New Horizons. Peut-être trouve-t-on là le même plaisir d’explorateur frustré qu’on ressent quand on découvre les géographies pas toujours très réalistes sur les cartes anciennes, où l’Amérique n’a pas encore de côte ouest, et où la terre australe inconnue est plus grande que l’Afrique. Parce qu’il faut bien s’y résoudre: depuis quelque temps, sur Terre, les cartes des continents sont complètes, (trop) familières et désespérément statiques.

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La plus petite pièce de la mosaïque

Semper_Augustus_Tulip_17th_centuryEn 1617, dans la jeune république des Pays-Bas, le siècle d’or de la peinture commence tout juste et la culture de la tulipe est en plein boom. C’est cette année-là qu’apparaissent pour la première fois dans les catalogues des fleuristes de nouvelles variétés à fleurs « panachées »: elles présentent de jolies marbrures de différentes couleurs, comme sur le dessin ci-contre. Ces nouveaux motifs font fureur, mais restent très rares parce que difficiles à reproduire: la panachure n’affecte pas les graines.

Il ne faut que quelques années pour que la mode s’emballe complètement. En 1623 un bulbe coûte plusieurs mois de salaire; en 1633 plus cher qu’une demeure bourgeoise à Amsterdam. Inévitablement, la première bulle spéculative européenne finit par éclater en 1637.

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Le test de paternité

Ces derniers temps, j’ai l’impression qu’au milieu d’une étrange résurgence de terres plates et de complots apolliniens, on observe de plus en plus souvent une autre curiosité: aussitôt le nom d’Einstein mentionné, il se trouve quelqu’un pour lancer un commentaire plein de subtilité du genre « cet Einstein n’est qu’un voleur et un imposteur, il a tout pompé sur Poincaré[1]/sur Lorentz/sur Hilbert[2], etc ». Et c’est énervant, pour plusieurs raisons.

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Sur leurs épaules

De nos jours, chaque année, quelque 2 ou 3 millions d’articles scientifiques sont publiés dans pas loin de 30 000 revues spécialisées. La réaction naturelle est d’être submergé, de constater que seule une toute petite fraction de ces papiers sont révolutionnaires, et éventuellement de déplorer pareil foisonnement. Lequel est démultiplié non seulement par l’efflorescence permanente des domaines de recherche, mais aussi par les injonctions politiques à « faire du chiffre » (publish or perish) — quitte, pour certains, à publier en 4 articles ce qui aurait pu être résumé en 4 pages.

À une époque déjà reculée, quelqu’un avait prédit que l’épaisseur des volumes de la Physical Review finirait par augmenter plus vite que la vitesse de la lumière… sans pour autant que cela ne contredise la théorie de la relativité, puisque ses pages ne contiendraient plus aucune information ! Cela étant, quand on jette un coup d’œil en arrière, on a aussi évidemment le biais inverse, qui tend à nous faire croire que tout ce qui se faisait était voué à une postérité glorieuse. Alors faisons un petit exercice ! Allons regarder ce qu’était le quotidien de la science en plein cœur du XIXe siècle. Prenons donc 150 ans de recul, pour faire bonne mesure.

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Les continents flottants

Les journaux ont récemment relayé un article paru dans la revue de la Société Géologique Américaine (GSA): les géologues considèrent que la Terre possède désormais un nouveau continent, Zélandia. Un continent paradoxal, puisqu’il est presque entièrement recouvert d’eau: ses seules émergences seraient les îles de Nouvelle-Zélande et de Nouvelle-Calédonie. Et si cette annonce [1] a fait autant de bruit, peut-être que le mythe de l’Atlantide et l’image toujours prégnante des continents engloutis n’y sont pas pour rien…

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