Les habits neufs de l’impératrice

Un soir d’automne 1906, 400 convives sont attablés dans la grande salle de banquet du prestigieux établissement Delmonico’s, à New York. Dress code: tout le monde en smoking. Rien que de très ordinaire. Ce qui l’est moins, c’est qu’ils portent tous exactement le même nœud papillon.

Un nœud papillon violet.

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Trois gouttes d’huile

Pour faire des découvertes en physique, est-ce qu’il faut forcément un télescope de 10 mètres de diamètre, un microscope électronique à balayage ou un accélérateur de particules de 25 km de long ? Même pas ! Dans plein de domaines de la physique, même subatomique, on peut faire plein de choses avec trois fois rien. Enfin, juste quelques gouttelettes.

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La chandelle et le phare

Il fait plutôt beau pour une fin octobre, et avec l’arrivée d’Orion on a d’autant plus envie de s’éloigner de la ville pour lever les yeux vers le ciel nocturne. Le froid pique un peu, et partout au-dessus de nous les étoiles scintillent. C’est normal: la turbulence dans l’atmosphère nous donne l’impression qu’elles gigotent un tout petit peu, mais elles ne clignotent pas vraiment. À moins que… ? Lire la suite

Le rouge et le blanc

Il y a déjà quelque temps, on avait parlé d’un chimiste hollandais qui s’était amusé à laisser pourrir un bol d’urine pendant quelques mois (oui parce que la science, parfois, prend des chemins saugrenus). Eh bien en fait il n’était même pas le premier à jouer à ça. À la suite de l’alchimiste allemand Hennig Brandt en 1669, ils sont plusieurs à tenter une drôle d’expérience alchimique avec de l’urine putréfiée. Spoiler: pas la peine d’essayer… non, ça n’aide pas à changer le plomb en or.

Par contre, on finit par obtenir une nouvelle substance blanche ou jaunâtre, qui brille un peu dans le noir, et s’enflamme de manière très vive. À l’époque les seuls « éléments chimiques » connus le sont depuis longtemps: ce sont les métaux courants, le soufre, l’arsenic et le carbone. Cette drôle de matière blanche est toute nouvelle; on va l’appeler phosphore : un très beau mot grec pour dire « porteur de lumière ».

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Tremblements et stupeur

Proverbe de géologue: quand le sage montre la Lune, au lieu de regarder son doigt, on devrait aussi jeter un œil sous ses pieds.

À la fin du XIXe siècle, à Berlin, un certain Ernst von Rebeur-Paschwitz s’intéresse aux perturbations gravitationnelles dues au passage des astres dans le ciel. Dans le tout premier billet de ce blog nous avions vu les géomètres français découvrir au Pérou que la gravité exercée par une grosse montagne modifiait la direction du fil à plomb. Peut-on de même mesurer l’infime attraction qu’exercent la Lune, le Soleil — ou même Mars ou Jupiter ?

Pour visualiser ce genre de toutes petites perturbations de la pesanteur, l’astronome allemand a construit des pendules extrêmement précis, dont l’un est installé à l’Observatoire de Potsdam. Le 17 avril 1889, un peu avant 19h (heure locale), celui-ci enregistre un signal puissant et totalement imprévu. S’il n’est pas dû au passage d’un astre, d’où vient-il ?

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Le monstre ressurgi

Le jour se lève tout juste sur l’Océan Indien, ce matin du 22 décembre 1938. Au large du petit village de Kayser’s Beach, sur la côte orientale de l’Afrique du Sud, le bateau de pêche Aristea remonte une dernière fois ses filets avant de rentrer au port. Sur le pont s’étalent pas moins de 3 tonnes de poisson. Et dans la masse de moins en moins frétillante, un drôle de monstre bleuté. 1,5 mètre de long. 60 kg. Des nageoires hérissées de pointes et une gueule encore prête à mordre, malgré les heures passées hors de l’eau !

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Renversant !

On dit souvent que les vieilles disciplines scientifiques ont toutes connu un bouleversement d’ampleur quasi-métaphysique au cours du XXe siècle. C’est en physique que ça commence, avec la relativité restreinte puis générale d’Einstein. Puis à nouveau avec la mécanique quantique de Planck, Einstein, Heisenberg, Dirac, Schrödinger et les autres, et qui révolutionnera aussi la chimie. En 1953, Franklin, Watson et Crick découvrent la structure de l’ADN: la biologie ne sera plus jamais la même. Et le dernier domaine à avoir radicalement changé de visage, c’est la géologie.

Au cours des années 60, la théorie de la tectonique des plaques s’est affirmée au point qu’on a du mal, aujourd’hui, à imaginer ce que pouvait être la géologie avant. Tout en amont de cette révolution, il y a une découverte fortuite, anodine, mais à la portée considérable. Et pourtant… qui connaît le nom de Bernard Brunhes ?

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La montagne du roi

« Il est des lieux où souffle l’esprit »: voilà pour la citation chic de début d’article. Et celle de Maurice Barrès est d’autant plus adéquate ici qu’elle ouvre le roman intitulé La Colline inspirée ! Tout ce qu’il nous faut pour parler d’une petite montagne qui a nourri nombre de « génies du lieu » ! Certes, quand on dit Kaliningrad, son nom moderne, ça n’évoque pas grand chose. Mais si on entend Königsberg, c’est tout un imaginaire à la fois familier et brumeux: le duché de Courlande, les chevaliers teutoniques, les villes de brique rouge de la Hanse, le « pays noir et blanc » du Roi des aulnes de Michel Tournier. Et pour tous les mathématiciens du monde, évidemment, 7 ponts.

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Le sel de la vie

Quelquefois, en feuilletant de vieux bouquins en latin, on tombe sur des recettes pas très appétissantes:

  • Prenez de l’urine très fraîche, obtenue en fin de digestion chez un homme en bonne santé.
  • Sur un feu à 200 degrés, faites évaporer dans un récipient propre, jusqu’à obtenir la consistance d’une crème.
  • Filtrer à travers un tissu et placer le liquide huileux au frais, dans un récipient fermé par du papier, pendant un an.
  • On obtient alors, au fond, une couche de quelques pouces d’un solide marron et translucide, surmontée d’un liquide noir et épais [1].
  • Filtrer le liquide et isoler la masse solide; la laver dans l’eau froide, puis la dissoudre dans l’eau chaude et enfin laisser recristalliser. Renouveler la purification si nécessaire.

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Balade irlandaise

broom2 Si d’aventures vous allez visiter la capitale de l’Irlande, il y a fort à parier que vous n’irez pas admirer Broom Bridge. Ce petit pont de pierre, qui enjambe le Royal Canal au nord-ouest de Dublin, ne fait pas vraiment partie des attractions touristiques majeures de la ville:  trop loin des pubs de Temple Bar, des belles pelouses de Trinity College ou des vitraux de la cathédrale Saint-Patrick, on ne peut y admirer qu’une voie ferrée et des hangars. Comme son symétrique le Grand Canal, le Royal Canal relie la rivière Liffey, à l’est de Dublin, à la rivière Shannon au centre de l’Irlande. Après avoir longtemps servi de dépotoir, et failli devenir une autoroute, le canal est aujourd’hui nettoyé et ses rives offrent une promenade champêtre à la périphérie de la ville. C’est cette promenade que fait Sir William Hamilton, président de l’Académie Royale Irlandaise, en compagnie de sa femme, le lundi 16 octobre 1843.

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