Planètes troublantes

Depuis 2014, les journaux ont titré à plusieurs reprises sur la possible découverte d’une neuvième planète (et même une «Super-Terre» !) dans le système solaire, très —très— loin au-delà de l’orbite de Neptune. Certes, pour tous ceux qui ont été à l’école avant les années 2000, cela sonne déjà un peu bizarrement, puisqu’on y apprenait que le système solaire comptait déjà 9 planètes, Pluton incluse. Mais quoiqu’il en soit, cette planète, bien que découverte… n’a toujours pas été observée ! Et forcément, elle est tellement loin qu’elle se confondra facilement avec une étoile vraiment minuscule.

Et tout cela n’est évidemment pas sans rappeler le plus bel exploit du XIXe siècle en mécanique céleste… mais aussi une grosse erreur du même auteur ! Lire la suite

La tour de Babel

La citation de Galilée dans l’Essayeur (1623) est bien connue: «l’Univers est écrit en langage mathématique» [1]. Mais ce langage mathématique — à commencer par celui qu’utilise Galilée, s’exprime forcément dans des langues bien humaines. La conservation de l’énergie, le principe d’équivalence, la sélection naturelle, la tectonique des plaques sont des concepts qui s’énoncent en toutes lettres avant d’être mis en équations.

Et aujourd’hui, la majorité écrasante de tout ce qui s’écrit en sciences « dures » (avec peut-être une exception en mathématiques) est écrit en anglais [2]. Il est admis qu’une conférence internationale, qu’elle ait lieu en Chine, en Grèce ou en Argentine, se tienne par défaut en anglais. Et tant pis si l’auditeur chilien a un peu de mal avec l’accent français prononcé de l’orateur quand il répond à une question posée avec un fort accent japonais ! Mais cette uniformité est récente, et imposée par la mondialisation croissante de la recherche scientifique. Lire la suite

Histoire des tas de sable

Dans sa correspondance, Gustave Flaubert a une phrase qui pourrait être une définition parfaite de la démarche scientifique: «Pour qu’une chose soit intéressante, il suffit de la regarder longtemps».  On pourrait soutenir qu’à l’instar de la démarche artistique, la science consiste à poser un regard différent, ou même à regarder —tout court, quelque chose que personne n’avait encore vu. Et ainsi de nouveaux sujets de recherche peuvent surgir là où on n’attendait rien. Un bon exemple en est… le tas de sable ! Lire la suite

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Nous sommes le mercredi 8 août 1900, il est un peu plus de 9h. Il fait très chaud dans l’amphithéâtre de la Sorbonne. L’orateur parle en allemand. Il a 38 ans, porte une barbiche, de petites lunettes rondes et sûrement une queue-de-pie. Il vient de Göttingen. C’est le mathématicien David Hilbert.

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Le père de Mars

À l’heure où j’écris ces lignes on ne sait toujours pas bien ce qu’il est advenu du petit module Schiaparelli, envoyé se poser sur Mars par la mission ExoMars de l’Agence Spatiale Européenne. Mais, mort ou vif, c’est une bonne occasion de chercher d’où vient un nom aussi peu familier ! Cherchant donc sur google, on a la surprise de tomber sur une maison de haute couture italienne… ce qui n’est pas si saugrenu, puisqu’elle a justement été fondée par la nièce d’un astronome ! Et celui-ci, Giovanni Schiaparelli, est rien moins que le père (peut-être malgré lui) de toutes les mythologies martiennes.

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L’astronome et le sultan

Et maintenant, promène ton regard sur Samarcande !
N’est-elle pas reine de la terre,
Fière, au-dessus de toutes les villes,
et dans ses mains leurs destinées ? [1]

 

Aujourd’hui nous partons (à dos de chameau) sur les routes de la soie, pour une destination un peu oubliée de l’histoire des sciences. Entre la Caspienne, (feue) la mer d’Aral et les montagnes afghanes, les beaux noms de Transoxiane, Sogdiane, Chorasmie, Bactriane hantent les cartes de Ptolémée et les récits d’Hérodote, et gardent le parfum des amours d’Alexandre et Roxane. Et ce Hinterland de la Perse [2], au confluent des cultures turque, indienne, chinoise, iranienne, a connu une prolifique floraison mathématique et astronomique entre le IXe et le XVe siècles.

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Un air de famille

Des lois sur les probabilités, des courbes géométriques, un théorème sur les écoulements des fluides… mais comment Bernoulli a-t-il trouvé le temps de faire tout ça ? Facile: ils étaient 2 ! Eh oui, c’est tout le problème quand on donne à une découverte le nom d’un savant… on ne pense pas à lui donner aussi son prénom !

bernoullis

Parce que bien souvent le goût des équations est une affaire de famille… C’est le cas chez les Bernoulli: dans la famille bâloise, c’est Jacques qui s’illustre avec les probabilités et la théorie des nombres, et découvre la constante dite d’Euler, e=2,718... Son frère Jean s’occupe de calcul infinitésimal, découvre la forme de la chaînette et forme le grand Leonhard Euler. Et parmi tous les cousins de la deuxième génération qui s’occuperont de mathématiques, c’est le fils cadet de Jean, Daniel, qui passe à la postérité pour sa loi fondamentale en hydrodynamique [1].

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Le tombeau perdu de Syracuse

Profitons de l’été finissant et des dernières chaleurs pour une petite virée touristique en Sicile en compagnie, excusez du peu, de Cicéron. En l’an 709 de Rome (45 av. J.-C.), Marcus Tullius Cicero, ancien consul et père de la patrie, fête ses 60 ans et profite de sa retraite politique dans sa luxueuse villa de Tusculum, près de Rome. Des conversations philosophiques qu’il tient avec ses invités, il tire de nombreux ouvrages,  dont le recueil de dialogues Les Tusculanes. Dans un court passage de celui-ci, il se remémore sa jeunesse, quand il commençait sa carrière politique en tant que questeur (chargé du Trésor public) dans la province de Sicile:

Pendant que j’étais questeur en Sicile, je fus curieux de m’informer de son tombeau à Syracuse, où je trouvai qu’on le connaissait si peu, qu’on disait qu’il n’en restait aucun vestige; mais je le cherchai avec tant de soin, que je le déterrai enfin sous des ronces et des épines. Je fis cette découverte à la faveur de quelques vers, que je savais avoir été gravés sur son monument, et qui portaient qu’on avait placé au-dessus une sphère et un cylindre. M’étant donc transporté hors de l’une des portes de Syracuse, dans une campagne couverte d’un grand nombre de tombeaux, et regardant de toutes parts avec attention, je découvris sur une petite colonne qui s’élevait par-dessus les buissons, le cylindre et la sphère que je cherchais. 

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L’an 70 avant Google DeepMind

Au printemps dernier, le monde entier a bruissé de l’exploit du programme informatique de Google qui venait de vaincre le champion coréen Lee Sedol au jeu de go. Un pas de géant accompli par l’intelligence artificielle, près de 20 ans après la victoire du calculateur d’IBM Deep Blue, contre le champion du monde Gary Kasparov, au jeu d’échecs.

Il est amusant, et impressionnant, de regarder un peu plus loin en arrière, et de constater que 2016 marque aussi l’anniversaire du premier défi calculatoire entre l’homme et la machine.

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La première équation

Nombreux sont ceux qui font la grimace en les voyant, ou même des cauchemars en y repensant. Si ceux-ci n’y voient que des hiéroglyphes barbares, d’autres parviennent à en percevoir la beauté ou le pouvoir, et passent leur vie à en écrire des pages et des pages. Que vous les aimiez ou pas, nul ne peut plus s’en passer: notre monde est tout entier bâti sur des équations. Et, finalement, les uns comme les autres n’y font presque plus attention: tout le monde regarde E=mc² comme un objet familier.

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