La meilleure série du monde

Souvenez-vous: nous fêtons cette année les 250 ans de la naissance de Joseph Fourier, préfet de l’Isère, que nous avons laissé en 1822, alors qu’il était enfin parvenu, après des années d’efforts, à publier son monumental ouvrage sur la propagation de la chaleur.

Késako « la propagation de la chaleur » ? Rien de très sorcier, au premier abord. Par exemple, prenons une barre métallique, froide, et plongeons chaque extrémité dans de l’eau bouillante. Combien de temps faut-il avant que le milieu soit chaud aussi ? Il a donc fallu attendre le début du XIXe siècle pour enfin trouver l’équation qui décrit ce phénomène très simple. Sauf que pondre une équation, c’est bien… mais après, encore faut-il la résoudre !

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Do you speak science ?

Retour à Babel: la conclusion de ce vieux billet, c’était que depuis quelques décennies les publications scientifiques ont trouvé leur nouvelle lingua franca… et pas de surprise, c’est l’anglais ! Au point que, comme ailleurs, l’excès d’anglicismes dans un texte scientifique français finit parfois par agacer. Bon, mais est-ce à dire qu’on s’ennuie dans un mono-linguisme déprimant ? Pas tout à fait. Évidemment, le langage scientifique a toujours fabriqué beaucoup de mots avec des racines grecques et latines, mais ceux-là finissent par passer inaperçus. Mais heureusement, les autres langues n’ont pas encore complètement abandonné le terrain !

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Les nombres et le feu

Et ignem regunt numeri

« Les nombres gouvernent le feu »: ça sonne plutôt bien, pour une invocation mystique, voire démonique… Mais c’est tout le contraire. Cette formule, Joseph Fourier la place en exergue de ce qui est quasiment son unique œuvre scientifique, la Théorie Analytique de la Chaleur, qu’il publie en 1822. Un ouvrage aussi révolutionnaire que les « Principia » de Newton, un siècle plus tôt. Fourier, dont on célèbre cette année les 250 ans, a alors 54 ans… et cela fait déjà plus de 15 ans qu’il ronge son frein.

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La grande architecte

« Nous sommes une université, pas des bains publics ! »

Qu’il l’ait vraiment prononcée ou non, c’est la seconde phrase que la postérité retient de David Hilbert, le géant des mathématiques de la Belle Époque (la première, on en parlait là). S’il a souligné ainsi l’absurdité de la règle de non-mixité à la faculté de Göttingen, c’est pour pouvoir faire admettre dans le corps professoral sa jeune collègue Emmy Noether.

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Cet article est truffé d’erreurs

Le jeune homme ci-contre s’appelle William Thomson. Bientôt il aura une grande barbe blanche, et il sera devenu l’un des plus grands physiciens du XIXe siècle. À sa mort, en 1907, il aura publié quelque 650 articles et contribué à tous les champs de la physique de son époque.

Il aura formulé l’une des versions du second principe de la thermodynamique (un cycle monotherme ne peut être moteur). Modélisé le comportement des matériaux à la fois visqueux et élastiques. Laissé son nom à une instabilité d’écoulement qu’on peut observer dans les nuages. Formalisé l’existence du zéro absolu, et laissé son nom à l’unité des températures. Et ses talents s’étendront aussi à l’ingénierie: avec son frère il concevra un appareil capable d’opérer une transformée de Fourier et de sommer des sinusoïdes… de manière purement mécanique. Fera breveter un galvanomètre qui améliore la vitesse du télégraphe électrique. Prendra finalement la direction scientifique de l’Atlantic Telegraph Company, qui parvient à poser le premier câble sous-marin entre l’Irlande et Terre-Neuve. Le 16 août 1858, le premier message mettra 17 heures à traverser l’Atlantique. En 1866, grâce aux inventions de Thomson, seulement 12 minutes: William Thomson devient Sir William Thomson. Et en 1892, pour l’ensemble de sa carrière [1], il est fait baron — c’est la première fois qu’un scientifique est élevé à un tel rang. On le connaîtra désormais sous le nom de Lord Kelvin.

Ce Lord Kelvin est donc un des géants de son siècle. Et même les géants se trompent.

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L’astronome et le sultan

Et maintenant, promène ton regard sur Samarcande !
N’est-elle pas reine de la terre,
Fière, au-dessus de toutes les villes,
et dans ses mains leurs destinées ? [1]

 

Aujourd’hui nous partons (à dos de chameau) sur les routes de la soie, pour une destination un peu oubliée de l’histoire des sciences. Entre la Caspienne, (feue) la mer d’Aral et les montagnes afghanes, les beaux noms de Transoxiane, Sogdiane, Chorasmie, Bactriane hantent les cartes de Ptolémée et les récits d’Hérodote, et gardent le parfum des amours d’Alexandre et Roxane. Et ce Hinterland de la Perse [2], au confluent des cultures turque, indienne, chinoise, iranienne, a connu une prolifique floraison mathématique et astronomique entre le IXe et le XVe siècles.

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Le tombeau perdu de Syracuse

Profitons de l’été finissant et des dernières chaleurs pour une petite virée touristique en Sicile en compagnie, excusez du peu, de Cicéron. En l’an 709 de Rome (45 av. J.-C.), Marcus Tullius Cicero, ancien consul et père de la patrie, fête ses 60 ans et profite de sa retraite politique dans sa luxueuse villa de Tusculum, près de Rome. Des conversations philosophiques qu’il tient avec ses invités, il tire de nombreux ouvrages,  dont le recueil de dialogues Les Tusculanes. Dans un court passage de celui-ci, il se remémore sa jeunesse, quand il commençait sa carrière politique en tant que questeur (chargé du Trésor public) dans la province de Sicile:

Pendant que j’étais questeur en Sicile, je fus curieux de m’informer de son tombeau à Syracuse, où je trouvai qu’on le connaissait si peu, qu’on disait qu’il n’en restait aucun vestige; mais je le cherchai avec tant de soin, que je le déterrai enfin sous des ronces et des épines. Je fis cette découverte à la faveur de quelques vers, que je savais avoir été gravés sur son monument, et qui portaient qu’on avait placé au-dessus une sphère et un cylindre. M’étant donc transporté hors de l’une des portes de Syracuse, dans une campagne couverte d’un grand nombre de tombeaux, et regardant de toutes parts avec attention, je découvris sur une petite colonne qui s’élevait par-dessus les buissons, le cylindre et la sphère que je cherchais. 

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L’an 70 avant Google DeepMind

Au printemps dernier, le monde entier a bruissé de l’exploit du programme informatique de Google qui venait de vaincre le champion coréen Lee Sedol au jeu de go. Un pas de géant accompli par l’intelligence artificielle, près de 20 ans après la victoire du calculateur d’IBM Deep Blue, contre le champion du monde Gary Kasparov, au jeu d’échecs.

Il est amusant, et impressionnant, de regarder un peu plus loin en arrière, et de constater que 2016 marque aussi l’anniversaire du premier défi calculatoire entre l’homme et la machine.

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La première équation

Nombreux sont ceux qui font la grimace en les voyant, ou même des cauchemars en y repensant. Si ceux-ci n’y voient que des hiéroglyphes barbares, d’autres parviennent à en percevoir la beauté ou le pouvoir, et passent leur vie à en écrire des pages et des pages. Que vous les aimiez ou pas, nul ne peut plus s’en passer: notre monde est tout entier bâti sur des équations. Et, finalement, les uns comme les autres n’y font presque plus attention: tout le monde regarde E=mc² comme un objet familier.

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Des abeilles, des bulles, des nageurs

Une fois n’est pas coutume, c’est un geste à la fois architectural et sportif qui inspire ce billet: le Water Cube, ou Centre National de Natation de Pékin. Ce bâtiment, dont les façades sont particulièrement spectaculaires de nuit, a été conçu par le cabinet d’architectes australien PTW pour accueillir les épreuves de natation lors des Jeux Olympiques de 2008 organisés dans la capitale chinoise [1]. Quoi de scientifique là-dedans ?

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