La plus petite pièce de la mosaïque

Semper_Augustus_Tulip_17th_centuryEn 1617, dans la jeune république des Pays-Bas, le siècle d’or de la peinture commence tout juste et la culture de la tulipe est en plein boom. C’est cette année-là qu’apparaissent pour la première fois dans les catalogues des fleuristes de nouvelles variétés à fleurs « panachées »: elles présentent de jolies marbrures de différentes couleurs, comme sur le dessin ci-contre. Ces nouveaux motifs font fureur, mais restent très rares parce que difficiles à reproduire: la panachure n’affecte pas les graines.

Il ne faut que quelques années pour que la mode s’emballe complètement. En 1623 un bulbe coûte plusieurs mois de salaire; en 1633 plus cher qu’une demeure bourgeoise à Amsterdam. Inévitablement, la première bulle spéculative européenne finit par éclater en 1637.

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Vies parallèles

À côté de la thermodynamique et de l’électromagnétisme, la mécanique des fluides mérite certainement de faire partie des plus beaux monuments de la physique du XIXe siècle. Et comme c’est quasiment toujours le cas, ces trois monuments ont été de labyrinthiques et patientes constructions collectives. Collectives, et parfois remarquablement simultanées ! Voyons les destins de deux scientifiques qui vont parvenir au même résultat, en même temps, mais par des chemins fort dissemblables.

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Le sel de la vie

Quelquefois, en feuilletant de vieux bouquins en latin, on tombe sur des recettes pas très appétissantes:

  • Prenez de l’urine très fraîche, obtenue en fin de digestion chez un homme en bonne santé.
  • Sur un feu à 200 degrés, faites évaporer dans un récipient propre, jusqu’à obtenir la consistance d’une crème.
  • Filtrer à travers un tissu et placer le liquide huileux au frais, dans un récipient fermé par du papier, pendant un an.
  • On obtient alors, au fond, une couche de quelques pouces d’un solide marron et translucide, surmontée d’un liquide noir et épais [1].
  • Filtrer le liquide et isoler la masse solide; la laver dans l’eau froide, puis la dissoudre dans l’eau chaude et enfin laisser recristalliser. Renouveler la purification si nécessaire.

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La tour de Babel

La citation de Galilée dans l’Essayeur (1623) est bien connue: «l’Univers est écrit en langage mathématique» [1]. Mais ce langage mathématique — à commencer par celui qu’utilise Galilée, s’exprime forcément dans des langues bien humaines. La conservation de l’énergie, le principe d’équivalence, la sélection naturelle, la tectonique des plaques sont des concepts qui s’énoncent en toutes lettres avant d’être mis en équations.

Et aujourd’hui, la majorité écrasante de tout ce qui s’écrit en sciences « dures » (avec peut-être une exception en mathématiques) est écrit en anglais [2]. Il est admis qu’une conférence internationale, qu’elle ait lieu en Chine, en Grèce ou en Argentine, se tienne par défaut en anglais. Et tant pis si l’auditeur chilien a un peu de mal avec l’accent français prononcé de l’orateur quand il répond à une question posée avec un fort accent japonais ! Mais cette uniformité est récente, et imposée par la mondialisation croissante de la recherche scientifique. Lire la suite

L’astronome et le sultan

Et maintenant, promène ton regard sur Samarcande !
N’est-elle pas reine de la terre,
Fière, au-dessus de toutes les villes,
et dans ses mains leurs destinées ? [1]

 

Aujourd’hui nous partons (à dos de chameau) sur les routes de la soie, pour une destination un peu oubliée de l’histoire des sciences. Entre la Caspienne, (feue) la mer d’Aral et les montagnes afghanes, les beaux noms de Transoxiane, Sogdiane, Chorasmie, Bactriane hantent les cartes de Ptolémée et les récits d’Hérodote, et gardent le parfum des amours d’Alexandre et Roxane. Et ce Hinterland de la Perse [2], au confluent des cultures turque, indienne, chinoise, iranienne, a connu une prolifique floraison mathématique et astronomique entre le IXe et le XVe siècles.

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