Cet article est truffé d’erreurs

Le jeune homme ci-contre s’appelle William Thomson. Bientôt il aura une grande barbe blanche, et il sera devenu l’un des plus grands physiciens du XIXe siècle. À sa mort, en 1907, il aura publié quelque 650 articles et contribué à tous les champs de la physique de son époque.

Il aura formulé l’une des versions du second principe de la thermodynamique (un cycle monotherme ne peut être moteur). Modélisé le comportement des matériaux à la fois visqueux et élastiques. Laissé son nom à une instabilité d’écoulement qu’on peut observer dans les nuages. Formalisé l’existence du zéro absolu, et laissé son nom à l’unité des températures. Et ses talents s’étendront aussi à l’ingénierie: avec son frère il concevra un appareil capable d’opérer une transformée de Fourier et de sommer des sinusoïdes… de manière purement mécanique. Fera breveter un galvanomètre qui améliore la vitesse du télégraphe électrique. Prendra finalement la direction scientifique de l’Atlantic Telegraph Company, qui parvient à poser le premier câble sous-marin entre l’Irlande et Terre-Neuve. Le 16 août 1858, le premier message mettra 17 heures à traverser l’Atlantique. En 1866, grâce aux inventions de Thomson, seulement 12 minutes: William Thomson devient Sir William Thomson. Et en 1892, pour l’ensemble de sa carrière [1], il est fait baron — c’est la première fois qu’un scientifique est élevé à un tel rang. On le connaîtra désormais sous le nom de Lord Kelvin.

Ce Lord Kelvin est donc un des géants de son siècle. Et même les géants se trompent.

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Renversant !

On dit souvent que les vieilles disciplines scientifiques ont toutes connu un bouleversement d’ampleur quasi-métaphysique au cours du XXe siècle. C’est en physique que ça commence, avec la relativité restreinte puis générale d’Einstein. Puis à nouveau avec la mécanique quantique de Planck, Einstein, Heisenberg, Dirac, Schrödinger et les autres, et qui révolutionnera aussi la chimie. En 1953, Franklin, Watson et Crick découvrent la structure de l’ADN: la biologie ne sera plus jamais la même. Et le dernier domaine à avoir radicalement changé de visage, c’est la géologie.

Au cours des années 60, la théorie de la tectonique des plaques s’est affirmée au point qu’on a du mal, aujourd’hui, à imaginer ce que pouvait être la géologie avant. Tout en amont de cette révolution, il y a une découverte fortuite, anodine, mais à la portée considérable. Et pourtant… qui connaît le nom de Bernard Brunhes ?

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Vies parallèles

À côté de la thermodynamique et de l’électromagnétisme, la mécanique des fluides mérite certainement de faire partie des plus beaux monuments de la physique du XIXe siècle. Et comme c’est quasiment toujours le cas, ces trois monuments ont été de labyrinthiques et patientes constructions collectives. Collectives, et parfois remarquablement simultanées ! Voyons les destins de deux scientifiques qui vont parvenir au même résultat, en même temps, mais par des chemins fort dissemblables.

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Histoire des tas de sable

Dans sa correspondance, Gustave Flaubert a une phrase qui pourrait être une définition parfaite de la démarche scientifique: «Pour qu’une chose soit intéressante, il suffit de la regarder longtemps».  On pourrait soutenir qu’à l’instar de la démarche artistique, la science consiste à poser un regard différent, ou même à regarder —tout court, quelque chose que personne n’avait encore vu. Et ainsi de nouveaux sujets de recherche peuvent surgir là où on n’attendait rien. Un bon exemple en est… le tas de sable ! Lire la suite

Un air de famille

Des lois sur les probabilités, des courbes géométriques, un théorème sur les écoulements des fluides… mais comment Bernoulli a-t-il trouvé le temps de faire tout ça ? Facile: ils étaient 2 ! Eh oui, c’est tout le problème quand on donne à une découverte le nom d’un savant… on ne pense pas à lui donner aussi son prénom !

bernoullis

Parce que bien souvent le goût des équations est une affaire de famille… C’est le cas chez les Bernoulli: dans la famille bâloise, c’est Jacques qui s’illustre avec les probabilités et la théorie des nombres, et découvre la constante dite d’Euler, e=2,718... Son frère Jean s’occupe de calcul infinitésimal, découvre la forme de la chaînette et forme le grand Leonhard Euler. Et parmi tous les cousins de la deuxième génération qui s’occuperont de mathématiques, c’est le fils cadet de Jean, Daniel, qui passe à la postérité pour sa loi fondamentale en hydrodynamique [1].

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Le tombeau perdu de Syracuse

Profitons de l’été finissant et des dernières chaleurs pour une petite virée touristique en Sicile en compagnie, excusez du peu, de Cicéron. En l’an 709 de Rome (45 av. J.-C.), Marcus Tullius Cicero, ancien consul et père de la patrie, fête ses 60 ans et profite de sa retraite politique dans sa luxueuse villa de Tusculum, près de Rome. Des conversations philosophiques qu’il tient avec ses invités, il tire de nombreux ouvrages,  dont le recueil de dialogues Les Tusculanes. Dans un court passage de celui-ci, il se remémore sa jeunesse, quand il commençait sa carrière politique en tant que questeur (chargé du Trésor public) dans la province de Sicile:

Pendant que j’étais questeur en Sicile, je fus curieux de m’informer de son tombeau à Syracuse, où je trouvai qu’on le connaissait si peu, qu’on disait qu’il n’en restait aucun vestige; mais je le cherchai avec tant de soin, que je le déterrai enfin sous des ronces et des épines. Je fis cette découverte à la faveur de quelques vers, que je savais avoir été gravés sur son monument, et qui portaient qu’on avait placé au-dessus une sphère et un cylindre. M’étant donc transporté hors de l’une des portes de Syracuse, dans une campagne couverte d’un grand nombre de tombeaux, et regardant de toutes parts avec attention, je découvris sur une petite colonne qui s’élevait par-dessus les buissons, le cylindre et la sphère que je cherchais. 

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L’éclipse de l’île du Prince

Drapeau Faites le test autour de vous: combien de personnes sont capables d’identifier le drapeau ci-contre, ou de situer sur une carte du monde le petit état de Sao Tomé-et-Principe ? Et pourtant, ce minuscule archipel africain aux plages de carte postale a constitué une étape capitale dans l’histoire de la physique, et qui n’est pas sans lien avec ce qui a constitué l’événement scientifique majeur de ce début d’année: l’observation tant attendue des ondes gravitationnelles.

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Des abeilles, des bulles, des nageurs

Une fois n’est pas coutume, c’est un geste à la fois architectural et sportif qui inspire ce billet: le Water Cube, ou Centre National de Natation de Pékin. Ce bâtiment, dont les façades sont particulièrement spectaculaires de nuit, a été conçu par le cabinet d’architectes australien PTW pour accueillir les épreuves de natation lors des Jeux Olympiques de 2008 organisés dans la capitale chinoise [1]. Quoi de scientifique là-dedans ?

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L’étrange destin scientifique de quelques vieux mots grecs

asterix1Aujourd’hui, l’usage du latin et du grec se perdant inexorablement, il devient rare que la science produise encore des mots nouveaux autrement qu’en concaténant des mots anglais ou en empilant des sigles. Ainsi les articles scientifiques parleront plus volontiers de foam dynamics (dynamique  des mousses) que d’aphrodynamics [1]. Jusqu’au début du XXe siècle en revanche, on a vu fleurir les microscopes, les cinématographes et autres thermomètres.  Toutefois si ces mots paraissent asterix2transparents dans leur étymologie, ce n’est pas toujours le cas: d’étranges racines sont parfois venues se nicher au sein du vocabulaire scientifique.

Un premier exemple: électron, électricité, électronique. Autant de noms qui sonnent comme la modernité même. Et pourtant tous sont issus du grec ἤλεκτρον, qui signifie… l’ambre jaune !

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