Élémentaire, mon cher Adso !

Un jour par force de nature on pourra faire des instruments de navigation grâce à quoi les bateaux iront commandés par un seul homme, et bien plus vite que poussés par des voiles ou des rames; et il y aura des chariots avançant à une vitesse inimaginable, quoique sans recourir à la force animale, et des machines volantes conçues de telle façon qu’un homme assis en leur sein, en manipulant un levier, fera battre des ailes artificielles, imitant ainsi le vol d’un oiseau. Et des instruments minuscules qui soulèvent des poids infinis et des véhicules qui permettent de voyager sur le fond de la mer. [prologue]

Jules Verne ? Léonard de Vinci ? Raté: c’est écrit vers 1260, en plein cœur du Moyen-Âge, par le moine franciscain Roger Bacon, que cite l’enquêteur Guillaume de Baskerville dans le Nom de la rose.  Parmi tous les angles sous lesquels peuvent se lire les aventures du Sherlock Holmes médiéval, voyons donc celui de l’histoire des sciences ! Lecture d’autant plus utile qu’on a trop souvent tendance à faire commencer celle-ci à la Renaissance et avec le dit Léonard: très bonne occasion pour explorer un peu ce qui se faisait au tout début du XIVe siècle. Exploration d’autant plus facile que le savant Guillaume se fait un plaisir de tout expliquer au narrateur son novice, Adso de Melk.

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La tour de Babel

La citation de Galilée dans l’Essayeur (1623) est bien connue: «l’Univers est écrit en langage mathématique» [1]. Mais ce langage mathématique — à commencer par celui qu’utilise Galilée, s’exprime forcément dans des langues bien humaines. La conservation de l’énergie, le principe d’équivalence, la sélection naturelle, la tectonique des plaques sont des concepts qui s’énoncent en toutes lettres avant d’être mis en équations.

Et aujourd’hui, la majorité écrasante de tout ce qui s’écrit en sciences « dures » (avec peut-être une exception en mathématiques) est écrit en anglais [2]. Il est admis qu’une conférence internationale, qu’elle ait lieu en Chine, en Grèce ou en Argentine, se tienne par défaut en anglais. Et tant pis si l’auditeur chilien a un peu de mal avec l’accent français prononcé de l’orateur quand il répond à une question posée avec un fort accent japonais ! Mais cette uniformité est récente, et imposée par la mondialisation croissante de la recherche scientifique. Lire la suite

L’astronome et le sultan

Et maintenant, promène ton regard sur Samarcande !
N’est-elle pas reine de la terre,
Fière, au-dessus de toutes les villes,
et dans ses mains leurs destinées ? [1]

 

Aujourd’hui nous partons (à dos de chameau) sur les routes de la soie, pour une destination un peu oubliée de l’histoire des sciences. Entre la Caspienne, (feue) la mer d’Aral et les montagnes afghanes, les beaux noms de Transoxiane, Sogdiane, Chorasmie, Bactriane hantent les cartes de Ptolémée et les récits d’Hérodote, et gardent le parfum des amours d’Alexandre et Roxane. Et ce Hinterland de la Perse [2], au confluent des cultures turque, indienne, chinoise, iranienne, a connu une prolifique floraison mathématique et astronomique entre le IXe et le XVe siècles.

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