Élémentaire, mon cher Adso !

Un jour par force de nature on pourra faire des instruments de navigation grâce à quoi les bateaux iront commandés par un seul homme, et bien plus vite que poussés par des voiles ou des rames; et il y aura des chariots avançant à une vitesse inimaginable, quoique sans recourir à la force animale, et des machines volantes conçues de telle façon qu’un homme assis en leur sein, en manipulant un levier, fera battre des ailes artificielles, imitant ainsi le vol d’un oiseau. Et des instruments minuscules qui soulèvent des poids infinis et des véhicules qui permettent de voyager sur le fond de la mer. [prologue]

Jules Verne ? Léonard de Vinci ? Raté: c’est écrit vers 1260, en plein cœur du Moyen-Âge, par le moine franciscain Roger Bacon, que cite l’enquêteur Guillaume de Baskerville dans le Nom de la rose.  Parmi tous les angles sous lesquels peuvent se lire les aventures du Sherlock Holmes médiéval, voyons donc celui de l’histoire des sciences ! Lecture d’autant plus utile qu’on a trop souvent tendance à faire commencer celle-ci à la Renaissance et avec le dit Léonard: très bonne occasion pour explorer un peu ce qui se faisait au tout début du XIVe siècle. Exploration d’autant plus facile que le savant Guillaume se fait un plaisir de tout expliquer au narrateur son novice, Adso de Melk.

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Les œufs du griffon

À l’origine était la Chimère des mythes grecs: un lion à queue de serpent, qui possédait en plus une tête de chèvre sur son dos (et, pour faire bonne mesure, crachait du feu). Elle dévastait la région de Lycie, sur la côte d’Asie mineure, et c’est le héros Bellérophon — lui-même monté sur un cheval ailé — qui se chargea de l’en débarrasser. Et l’éponyme des animaux hybrides n’est qu’un exemple parmi tous ceux qui peuplent les bestiaires antiques et médiévaux [1]: le griffon combine le lion et l’aigle; le basilic le coq et le serpent, etc. Même la version antique de la licorne est très hybride: Pline lui donne un corps de cheval, une tête de cerf, des pattes d’éléphant et une queue de sanglier !

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Les leçons de science du Pr. Eco

Depuis longtemps j’avais prévu de consacrer un jour un billet au moins à l’Île du jour d’avant, le roman quasi-intégralement épistémologique d’Umberto Eco. Cela restera au programme, mais la disparition de l’auteur contemporain le plus encyclopédique imposait au moins un bref hommage sur ces pages. Ne serait-ce que pour payer une dette, puisque c’est avec ses romans que j’ai eu le sentiment d’entrer dans l’âge des lectures « adultes ». Et parce qu’il prouve dans toute son œuvre que science et culture ne sont en rien immiscibles.

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