Renversant !

On dit souvent que les vieilles disciplines scientifiques ont toutes connu un bouleversement d’ampleur quasi-métaphysique au cours du XXe siècle. C’est en physique que ça commence, avec la relativité restreinte puis générale d’Einstein. Puis à nouveau avec la mécanique quantique de Planck, Einstein, Heisenberg, Dirac, Schrödinger et les autres, et qui révolutionnera aussi la chimie. En 1953, Franklin, Watson et Crick découvrent la structure de l’ADN: la biologie ne sera plus jamais la même. Et le dernier domaine à avoir radicalement changé de visage, c’est la géologie.

Au cours des années 60, la théorie de la tectonique des plaques s’est affirmée au point qu’on a du mal, aujourd’hui, à imaginer ce que pouvait être la géologie avant. Tout en amont de cette révolution, il y a une découverte fortuite, anodine, mais à la portée considérable. Et pourtant… qui connaît le nom de Bernard Brunhes ?

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Élémentaire, mon cher Adso !

Un jour par force de nature on pourra faire des instruments de navigation grâce à quoi les bateaux iront commandés par un seul homme, et bien plus vite que poussés par des voiles ou des rames; et il y aura des chariots avançant à une vitesse inimaginable, quoique sans recourir à la force animale, et des machines volantes conçues de telle façon qu’un homme assis en leur sein, en manipulant un levier, fera battre des ailes artificielles, imitant ainsi le vol d’un oiseau. Et des instruments minuscules qui soulèvent des poids infinis et des véhicules qui permettent de voyager sur le fond de la mer. [prologue]

Jules Verne ? Léonard de Vinci ? Raté: c’est écrit vers 1260, en plein cœur du Moyen-Âge, par le moine franciscain Roger Bacon, que cite l’enquêteur Guillaume de Baskerville dans le Nom de la rose.  Parmi tous les angles sous lesquels peuvent se lire les aventures du Sherlock Holmes médiéval, voyons donc celui de l’histoire des sciences ! Lecture d’autant plus utile qu’on a trop souvent tendance à faire commencer celle-ci à la Renaissance et avec le dit Léonard: très bonne occasion pour explorer un peu ce qui se faisait au tout début du XIVe siècle. Exploration d’autant plus facile que le savant Guillaume se fait un plaisir de tout expliquer au narrateur son novice, Adso de Melk.

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Sur leurs épaules

De nos jours, chaque année, quelque 2 ou 3 millions d’articles scientifiques sont publiés dans pas loin de 30 000 revues spécialisées. La réaction naturelle est d’être submergé, de constater que seule une toute petite fraction de ces papiers sont révolutionnaires, et éventuellement de déplorer pareil foisonnement. Lequel est démultiplié non seulement par l’efflorescence permanente des domaines de recherche, mais aussi par les injonctions politiques à « faire du chiffre » (publish or perish) — quitte, pour certains, à publier en 4 articles ce qui aurait pu être résumé en 4 pages.

À une époque déjà reculée, quelqu’un avait prédit que l’épaisseur des volumes de la Physical Review finirait par augmenter plus vite que la vitesse de la lumière… sans pour autant que cela ne contredise la théorie de la relativité, puisque ses pages ne contiendraient plus aucune information ! Cela étant, quand on jette un coup d’œil en arrière, on a aussi évidemment le biais inverse, qui tend à nous faire croire que tout ce qui se faisait était voué à une postérité glorieuse. Alors faisons un petit exercice ! Allons regarder ce qu’était le quotidien de la science en plein cœur du XIXe siècle. Prenons donc 150 ans de recul, pour faire bonne mesure.

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L’ordre des botanistes

Le 10 décembre 1848 est une date importante: c’est celle de la toute première élection présidentielle en France [1]. Mais non moins importante pour l’Histoire fut le 11 décembre, date à laquelle l’Académie des Sciences tenait sa séance, et où Auguste Bravais présentait un travail qui allait devenir le socle fondateur de la cristallographie. À partir d’arguments purement géométriques, il montre qu’il existe 14 réseaux cristallins — pas un de plus, pas un de moins —, qui déterminent toutes les structures possibles pour les minéraux. À l’intersection de la géologie, de la chimie et de la géologie et de la physique, la cristallographie est désormais pourvue d’une base mathématique solide, et lancée sur de bons rails.

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Le vrai nom de la Bête

Voilà donc que le petit dernier dans l’impitoyable famille des réseaux sociaux a choisi un nom qui le destine peut-être à devenir l’équivalent des poids lourds d’internet: Mastodon. Version anglaise curieusement élaguée du mastodonte, terme qui en français a complètement perdu son sens originel pour devenir au sens figuré un synonyme de «personne ou objet de proportions gigantesques». Repartons donc sur les traces de la grosse bête pour une petite exploration paléonto-étymologique !

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Vies parallèles

À côté de la thermodynamique et de l’électromagnétisme, la mécanique des fluides mérite certainement de faire partie des plus beaux monuments de la physique du XIXe siècle. Et comme c’est quasiment toujours le cas, ces trois monuments ont été de labyrinthiques et patientes constructions collectives. Collectives, et parfois remarquablement simultanées ! Voyons les destins de deux scientifiques qui vont parvenir au même résultat, en même temps, mais par des chemins fort dissemblables.

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La montagne du roi

« Il est des lieux où souffle l’esprit »: voilà pour la citation chic de début d’article. Et celle de Maurice Barrès est d’autant plus adéquate ici qu’elle ouvre le roman intitulé La Colline inspirée ! Tout ce qu’il nous faut pour parler d’une petite montagne qui a nourri nombre de « génies du lieu » ! Certes, quand on dit Kaliningrad, son nom moderne, ça n’évoque pas grand chose. Mais si on entend Königsberg, c’est tout un imaginaire à la fois familier et brumeux: le duché de Courlande, les chevaliers teutoniques, les villes de brique rouge de la Hanse, le « pays noir et blanc » du Roi des aulnes de Michel Tournier. Et pour tous les mathématiciens du monde, évidemment, 7 ponts.

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Les continents flottants

Les journaux ont récemment relayé un article paru dans la revue de la Société Géologique Américaine (GSA): les géologues considèrent que la Terre possède désormais un nouveau continent, Zélandia. Un continent paradoxal, puisqu’il est presque entièrement recouvert d’eau: ses seules émergences seraient les îles de Nouvelle-Zélande et de Nouvelle-Calédonie. Et si cette annonce [1] a fait autant de bruit, peut-être que le mythe de l’Atlantide et l’image toujours prégnante des continents engloutis n’y sont pas pour rien…

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Les œufs du griffon

À l’origine était la Chimère des mythes grecs: un lion à queue de serpent, qui possédait en plus une tête de chèvre sur son dos (et, pour faire bonne mesure, crachait du feu). Elle dévastait la région de Lycie, sur la côte d’Asie mineure, et c’est le héros Bellérophon — lui-même monté sur un cheval ailé — qui se chargea de l’en débarrasser. Et l’éponyme des animaux hybrides n’est qu’un exemple parmi tous ceux qui peuplent les bestiaires antiques et médiévaux [1]: le griffon combine le lion et l’aigle; le basilic le coq et le serpent, etc. Même la version antique de la licorne est très hybride: Pline lui donne un corps de cheval, une tête de cerf, des pattes d’éléphant et une queue de sanglier !

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