Des petits cailloux

Dans les années 1830, des milliers de paysans Boers décident de quitter la colonie du Cap, désormais gouvernée par les Britanniques, pour s’aventurer vers l’intérieur de ce qui deviendra l’Afrique du Sud. Parmi eux, un certain Daniel Jacobs et ses quelques chèvres, que ce Grand Trek amène au lieu-dit Hopetown. Son fils Erasmus passe ses journées sur les rives de la rivière Orange toute proche, et y ramasse de jolis cailloux: galets, grenats, calcédoines, agates… Un jour de printemps, en 1867, un voisin en remarque un, plus transparent que les autres, abandonné dans la poussière de la cour de ferme.

De main en main, le petit gravier se retrouve chez les experts du Cap, qui rendent leur verdict: c’est un diamant ! Un peu jaune, mais pas si petit que ça: 4 grammes, soit 21 carats. Ni une ni deux, il est taillé, et se retrouve derechef exhibé, sous le nom d’Eurêka, à l’Exposition universelle de Paris. Bien évidemment, ça n’est pas la première fois qu’on trouve un diamant… mais en Afrique australe, oui[1]. Et celui-ci va avoir plus de répercussions que tous les autres.

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Les oubliés des paillasses

Quand les scientifiques veulent rendre hommage à un de leurs brillants collègues, ils baptisent quelque chose à son nom. Une bestiole, une plante, une maladie qu’il a décrite; un théorème qu’il a démontré; l’équation ou la théorie entière qu’il a établie; la constante qu’il a introduite. Peut-être est-ce la consécration ultime: nombre de physiciens sont même  devenus des noms communs à travers une unité de mesure[1].

Et puis il y a des hommages plus discrets, pour des contributions peut-être plus modestes, mais qu’on utilise tellement tous les jours dans tous les labos du monde… qu’on en a fini par oublier qui étaient leurs auteurs ! On va faire un petit top 7 pour réparer ça.

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Alma Mater

Avant de chausser les raquettes, et puisqu’il s’est écoulé deux ans depuis la disparition d’Umberto Eco, relisons son 4e roman: Baudolino. Un roman qui (comme une bonne partie de son œuvre) tourne autour de ce qui, au Moyen-Âge, ne s’appelait pas encore des fake news. Baudolino, c’est le héros, et c’est un fieffé menteur… sauf que tout ce qu’il invente a une fâcheuse tendance à prendre corps dans le monde réel. Eco l’imagine donc à l’origine de toutes les falsifications de son époque: c’est lui qui invente les dépouilles des Rois Mages (et même leurs noms !) de la cathédrale de Cologne, c’est lui qui écrit la lettre du Prêtre Jean, et même qui lance le mythe du Graal (et du coup il le trouve, évidemment).

Baudolino est un natif de la petite ville piémontaise d’Alexandrie, comme Eco. Mais comme celui-ci a fait presque toute sa carrière universitaire à l’université de Bologne, il était logique qu’il en profite pour lui rendre hommage.

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Garçon, un demi citron !

S’il vous est déjà arrivé de boire quelques bières, il y a de fortes chances pour que l’une d’elles vous ait été fournie par le mastodonte danois de la brasserie: une énorme compagnie qui remonte à 1847, compte plus de 40 000 employés, fait 10 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel, et commercialise aussi bien la Kronenbourg française que la Grimbergen belge, la Feldschlösschen suisse… et celle dont le groupe porte le nom: la Carlsberg. C’est bien joli tout ça, me direz-vous, mais quel est le rapport avec l’histoire des sciences ?

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Tremblements et stupeur

Proverbe de géologue: quand le sage montre la Lune, au lieu de regarder son doigt, on devrait aussi jeter un œil sous ses pieds.

À la fin du XIXe siècle, à Berlin, un certain Ernst von Rebeur-Paschwitz s’intéresse aux perturbations gravitationnelles dues au passage des astres dans le ciel. Dans le tout premier billet de ce blog nous avions vu les géomètres français découvrir au Pérou que la gravité exercée par une grosse montagne modifiait la direction du fil à plomb. Peut-on de même mesurer l’infime attraction qu’exercent la Lune, le Soleil — ou même Mars ou Jupiter ?

Pour visualiser ce genre de toutes petites perturbations de la pesanteur, l’astronome allemand a construit des pendules extrêmement précis, dont l’un est installé à l’Observatoire de Potsdam. Le 17 avril 1889, un peu avant 19h (heure locale), celui-ci enregistre un signal puissant et totalement imprévu. S’il n’est pas dû au passage d’un astre, d’où vient-il ?

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CSI: Woolwich

Pendant des siècles, l’arsenic a été « le roi des poisons et le poison des rois ». Il est relativement facile à extraire de certaines roches: on le trouve sous la forme d’un sulfure jaune, l’orpiment, qui comme son nom l’indique peut servir de pigment doré. Au Moyen-Âge on réussit, en calcinant ce minéral, à produire de l’oxyde d’arsenic. Soit une poudre blanche très toxique, et de surcroît parfaitement inodore: parfait pour tuer les souris dans la cave, donc, mais aussi facile à dissoudre dans le vin ou la soupe. Et en plus, les symptômes de l’empoisonnement ne sont pas très spécifiques: diarrhées, vomissements, crampes… à une époque où les épidémies sont courantes, comment distinguer un assassinat d’une fièvre quelconque ou d’une attaque de choléra ?

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Élémentaire, mon cher Adso !

Un jour par force de nature on pourra faire des instruments de navigation grâce à quoi les bateaux iront commandés par un seul homme, et bien plus vite que poussés par des voiles ou des rames; et il y aura des chariots avançant à une vitesse inimaginable, quoique sans recourir à la force animale, et des machines volantes conçues de telle façon qu’un homme assis en leur sein, en manipulant un levier, fera battre des ailes artificielles, imitant ainsi le vol d’un oiseau. Et des instruments minuscules qui soulèvent des poids infinis et des véhicules qui permettent de voyager sur le fond de la mer. [prologue]

Jules Verne ? Léonard de Vinci ? Raté: c’est écrit vers 1260, en plein cœur du Moyen-Âge, par le moine franciscain Roger Bacon, que cite l’enquêteur Guillaume de Baskerville dans le Nom de la rose.  Parmi tous les angles sous lesquels peuvent se lire les aventures du Sherlock Holmes médiéval, voyons donc celui de l’histoire des sciences ! Lecture d’autant plus utile qu’on a trop souvent tendance à faire commencer celle-ci à la Renaissance et avec le dit Léonard: très bonne occasion pour explorer un peu ce qui se faisait au tout début du XIVe siècle. Exploration d’autant plus facile que le savant Guillaume se fait un plaisir de tout expliquer au narrateur son novice, Adso de Melk.

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Le tombeau perdu de Syracuse

Profitons de l’été finissant et des dernières chaleurs pour une petite virée touristique en Sicile en compagnie, excusez du peu, de Cicéron. En l’an 709 de Rome (45 av. J.-C.), Marcus Tullius Cicero, ancien consul et père de la patrie, fête ses 60 ans et profite de sa retraite politique dans sa luxueuse villa de Tusculum, près de Rome. Des conversations philosophiques qu’il tient avec ses invités, il tire de nombreux ouvrages,  dont le recueil de dialogues Les Tusculanes. Dans un court passage de celui-ci, il se remémore sa jeunesse, quand il commençait sa carrière politique en tant que questeur (chargé du Trésor public) dans la province de Sicile:

Pendant que j’étais questeur en Sicile, je fus curieux de m’informer de son tombeau à Syracuse, où je trouvai qu’on le connaissait si peu, qu’on disait qu’il n’en restait aucun vestige; mais je le cherchai avec tant de soin, que je le déterrai enfin sous des ronces et des épines. Je fis cette découverte à la faveur de quelques vers, que je savais avoir été gravés sur son monument, et qui portaient qu’on avait placé au-dessus une sphère et un cylindre. M’étant donc transporté hors de l’une des portes de Syracuse, dans une campagne couverte d’un grand nombre de tombeaux, et regardant de toutes parts avec attention, je découvris sur une petite colonne qui s’élevait par-dessus les buissons, le cylindre et la sphère que je cherchais. 

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